La spiritualité cathare et la spiritualité d’aujourd’hui 

 

Seconde partie de la conférence donnée le 9 juin 2018 à la librairie Ghimel de Tours, le 14 juin à l’association « L’Arbre de Vie » de Saint Lô et le 15 juin à l’association « Le Message de l’Albatros » de Cherbourg.

 

Pratique cathare

« … D’importants aspects du Catharisme se retrouvent dans les vibrations actuelles. Les Cathares priaient Dieu, c'était leur mission essentielle. » (14-Com21)

Ils ont mené une vie de prière. Chaque heure du jour et parfois de la nuit, ils récitaient le Pater noster (ou Notre Père en changeant la formule du pain quotidien par le pain supersubstantiel ou pain de l’Esprit) et  ajoutaient les formules classiques de l’époque en latin.

Tendant vers l’Esprit, conformément à l’Évangile de Jean qu’ils vénéraient et portaient toujours sur eux, ils cherchaient à s’épurer des désirs de la chair en pratiquant la chasteté, la continence et le jeûne au pain et à l’eau. Leur idéal était de manifester les valeurs de l’Esprit conformément à l’épitre de l’apôtre Paul aux Galates (Chp5-§22) « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité (la bienveillance), la fidélité, la douceur, la tempérance ; la loi n’est pas contre ces choses. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par L’esprit, marchons aussi selon l’Esprit. »

Outre la pratique de ces vertus, ils refusaient de mentir, de jurer et de prêter serment.

Se voulant les successeurs des premiers chrétiens, leur premier but n’était pas d’enseigner mais de mener une vie exemplaire. Pour cette raison, ils furent nommés par la population, Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes, Bons hommes et Bonnes femmes, Parfaits et Parfaites, Purs, Albigeois  puis plus tard Cathares.

Immergés dans le monde contrairement aux ordres monastiques, ils travaillaient afin de n’être pas à charge. Vivant toujours par deux (deux hommes ou deux femmes), chacun veillait sur l’autre et l’assistait dans son idéal de vie. Prônant le partage des biens, le droit et la justice, ils refusaient le système d’asservissement féodal ; la terre devait appartenir à ceux qui la cultivaient.

Prêchant en place publique, ils se confrontaient aux prêtres, curés, moines et prélats chrétiens. Etant plus érudits qu'eux, ils gagnaient généralement. Ce qui ne faisait qu’accentuer la colère de Rome... À l’époque de la construction et de la reconstruction des abbayes, églises et cathédrales, ils refusaient tout édifice somptueux pour prier. Aucune cérémonie publique n’était instituée. Leur culte ne contenait aucune obligation si ce n’est le contact à Dieu sans intermédiaire et de mener une vie sainte et pure.

Leur respect de la vie animale les a conduits à devenir végétariens. Ils ne mangeaient pas les produits issus des animaux tels que le lait, le fromage ou les œufs. Cependant, ils se régalaient de poisson. Leur régime était constitué de légumes, de fruits, de céréales, de noix ainsi que de vin coupé d’eau.

Non-violents, ils n’ont jamais pris les armes pour se défendre et comme leur foi leur défendait de mentir, ils furent des proies faciles pour l’inquisition. Enfin, ils postulaient l’égalité des hommes et des femmes.

Pour toutes ces raisons, ainsi que pour leur tolérance, ils trouvèrent un accueil favorable auprès des Seigneurs du Sud de la France, contrée à l’époque, plus évoluée que le Nord.

 

Rites

Le Consolamentum était un baptême d’esprit par imposition des mains, donné seulement aux adultes, aux simples fidèles qui désiraient devenir Chrétiens, aux Chrétiens qui voulaient devenir Parfaits et aux mourants afin d’entrer purs dans la vie d’après la mort. Lors de la cérémonie, l’Évangile de Jean leur était donné et ils prononçaient les paroles suivantes : « Je donne ma foi à Dieu et à l’Évangile. Je promets de ne jamais mentir, ni faire de serments, de renoncer à l’acte de chair, de ne jamais tuer d’animal ni manger de chair, de ne rien faire sans dire l’oraison (le Notre Père), de ne jamais voyager ni manger sans compagnon. De ne jamais trahir la foi, même sous la menace de mort par l’eau ou par le feu » (« La religion des Cathares » de Jean Duvernoy)

Après le Consolamentum, le Chrétien ne devait plus commettre aucun péché et mener une vie pure jusqu’à trépas. À défaut, il pouvait être de nouveau consolé. Beaucoup de mourants sont venus mourir à Montségur ou se mettaient en quête d’un Parfait afin d’être certains de recevoir le sacrement juste avant leur mort.

Le Melioramentum était une bénédiction donnée par le Parfait chaque fois qu’il croisait un simple fidèle ou un chrétien. La formule consacrée était : « Que Dieu vous bénisse. Qu’il fasse de vous un bon chrétien et vous conduise à bonne fin. » Actuellement, on retrouve l'importance de la bénédiction.

L’angoisse de la mort était très présente à l’époque. L’Église catholique promettait l’enfer à ses fidèles pour les garder soumis et les obliger à payer la dîme et contribuer à la construction des cathédrales.

Ils partageaient le pain de la Sainte Oraison ou pain bénit, conformément aux Évangiles mais refusait l’idée de transubstantiation. Les confessions étaient publiques et donnaient lieu à des pénitences (génuflexions, jeûne, prières).

 

Principales divergences avec l’Église de Rome 

Refus des sacrements institués au XIIe siècle par le concile de Latran (1215) : confession, communion et mariage. Refus du baptême catholique qu’ils appellent « baptême d’eau ». Pour cette raison, ils ne vénèrent pas Jean-Baptiste. Ils ne vénèrent pas non plus les Saints, ni leurs reliques tant convoitées pour créer des lieux de cultes et produire un gain financier. 

Croyant à la réincarnation, ils refusent l’idée de la résurrection dans un corps de chair. Actuellement, l’Église catholique rejette toujours le concept de réincarnation, dans son « Catéchisme de l’Église Catholique » (article 1013), contrairement à bon nombre de religions asiatiques.

Refus d’une partie de l’Ancien Testament suite à leur étude critique de ce livre. Refus de vénérer la croix vue comme un instrument de supplice.

 

Divergences dogmatiques

Constatant la présence du mal sur terre, ils en ont déduit l’existence d’un dieu imparfait ou principe du mal qui aurait créé la terre et qu’ils ont identifié comme étant le dieu de Moïse ou Jéhovah, par opposition au Dieu d’amour du Christ (ou du Nouveau Testament).

« Les Cathares croyaient en un Christ spirituel ayant adombré l’homme Jésus. » Les différents conciles de l’Église des premiers siècles avaient débattu de cette polémique : Jésus était-il homme ou Dieu ? Le 1er concile de Nicée en 325 avait voté sa pure divinité avec 318 voix (sur 2048 au départ). Par la suite, l’Église a toujours maintenu sa divinité existentielle.

La Théosophie cependant rejoint le point de vue des Cathares. Pour elle, Maître Jésus s’est incarné, a manifesté l’esprit christique et est devenu fils de Dieu, au même titre que chacun est appelé à le devenir.

 

Renouveau au XXe siècle

En 1939, Le dominicain Antoine Dondaine, historien des hérésies médiévales, va exhumer d’anciens manuscrits en relation avec les Cathares : Le « Liber contra Manicheos » de Durand de Huesca, un Vaudois reconverti au catholicisme et « Le livre des deux principes », un traité cathare. Ses études lui permettront de publier dès 1949 deux livres : « Le manuel de l’inquisition » et « La hiérarchie cathare en Italie » qui apporteront des lumières sur le Catharisme.

En 1950, Déodat Roché, spécialiste des auteurs et des doctrines occultistes du début du XXe siècle, surnommé le pape cathare,  fonda la « Société du souvenir et des études cathares » et fit paraître régulièrement des numéros des « Cahiers d’études cathares » réhabilitant ainsi la doctrine cathare.

De nombreux auteurs à sa suite s’empresseront d’étudier l’histoire médiévale et d’approfondir le phénomène cathare.

Puis le tourisme s’emparera de cet engouement pour attirer les visiteurs vers les forteresses cathares.

L’histoire a mis l’accent sur les paroles prononcées par le dernier Parfait connu, Guilhem Bélibaste, brûlé à Villerouge-en-Thermenès en 1321 : « Après 700 ans, le laurier reverdira »

La spiritualité cathare a contribué au développement de la spiritualité des humains. Une nouvelle spiritualité se déploie en empruntant au catharisme bon nombre de ses valeurs.

© 2016 par Odile Ladoux. Créé avec Wix.com